Ginette

Ginette
Âge
64

Ginette est âgée de 64 ans et vit avec sa sœur. Ginette a travaillé comme technicienne en loisirs mais est présentement à la retraite.

Ginette a été diagnostiquée en 2007. Ginette et Jeanine ont été interviewées ensemble parce que Ginette a quelques problèmes de mémoire qui découlent d'une condition médicale antérieure. Jeanine est l'amie de Ginette et sa proche aidante. Elle est étroitement impliquée dans le traitement et le suivi de Ginette. Cette dernière a toujours subi des mammographies de dépistage sur une base régulière. À la suite de son dernier examen de dépistage en 2005, Ginette a reçu une lettre l'informant qu'il n'y avait aucune trace de cancer du sein. Cependant, en décembre 2006 Ginette a remarqué une masse dans son sein et elle a décidé de consulter son médecin immédiatement. Elle a reçu son diagnostic de cancer du sein à la suite d'une série de tests et elle a ensuite débuté ses traitements en janvier, en commençant par une tumorectomie. Lorsque ses points ont été retirés on l'a informée qu'elle devait subir une deuxième tumorectomie parce que les marges n'étaient pas claires. Ensuite, quinze jours après la deuxième intervention, son chirurgien l'a informée d'une manière insensible et très peu courtoise qu'elle avait besoin d'une mastectomie complète. De plus, Ginette a appris que la mammographie de 2005 indiquait déjà la présence d'une masse. Elle était tellement fâchée à la suite de ces événements qu'elle ne voulait parler à personne de son diagnostic. Subir trois chirurgies en six semaines a eu des conséquences néfastes sur l'état de santé de Ginette, de même que pour les personnes qui en prenaient soin. Elle a donc décidé d'aller dans un centre de convalescence après sa mastectomie. Ginette a été opérée en fin d'après-midi et on l'a informée le lendemain matin qu'elle devait se préparer à quitter l'hôpital. Comme elle pouvait à peine bouger, elle a argumenté avec les infirmières et leur a dit qu'elle ne quitterait pas l'hôpital avant que soient organisés des soins appropriés ou jusqu'à ce qu'elle puisse être transférée dans un centre de convalescence; ce qui fut finalement organisé.

Après sa convalescence, Ginette a subi de la chimiothérapie et de la radiothérapie. À cause de tous ses traitements, elle vit depuis avec des effets secondaires rares et à long terme. Elle ressent une douleur constante dans sa bouche et, comme celle-ci est très sensible, elle ne mange que des aliments mous et non épicés. Elle doit boire son café avec une paille. Ginette a participé à plusieurs essais cliniques dans le but de réduire la douleur; elle est capable de mieux la régulariser. Malgré toutes ces épreuves, Ginette pense qu'elle a appris à apprécier les petites choses de la vie. Dans les moments où elle était à peine capable de faire autre chose, elle a appris à prendre du recul et voir les choses qui étaient encore possibles. Jeanine admire la persévérance de Ginette et est impressionnée qu'elle n'ait jamais baissé les bras en dépit des difficultés auxquelles elle a dû faire face.

Temps depuis le diagnostic
6 - 10 years
Phase de traitement
En rémission

Videoclips

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Et j’ai été effectivement réopérée une deuxième fois, et là, ils m’ont mis des agrafes parce qu’il fallait faire ça. Et quand je suis retournée pour faire enlever mes agrafes, peut-être dix jours, 15 jours après, là ce fut vraiment une annonce exactement comme on voit à la télévision là. Quand on tombe sur le dos là! J’étais assise dans une chaise roulante parce que déjà ma santé n’était pas extraordinaire et on m’a… La façon qu’on m’a annoncé ça, il n’y a jamais personne qui m’avait parlé d’une mastectomie totale. Alors le chirurgien, je vais vous répéter les mots tels quels, ce n’est pas très gentil, il m’a dit : « Christ! De tabarnak! De calice! Il en reste encore madame (nom)! Ça va être mastectomie totale! ». Là j’ai été complètement renversée! Renversée! Je ne pouvais pas le croire!

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Ginette : Alors je n’étais pas très jolie, j’étais comme une pinte de lait. Et durant plusieurs mois j’ai mangé juste du…

Janine : Une bouillie blanche que je faisais…

Ginette : Une bouillie blanche, parce qu’à cause de ma bouche je ne pouvais pas manger autre chose. Ça puis de l’Ensure. Alors quand tu as ça devant toi, et tu dis bon, là tu t’accotes puis tu regardes ça, puis tu dis : « Bon, là, si tu veux survivre, mange! Même si ça ne te tente pas, mange! » Ce n’est pas agréable bien, bien là… Janine essayait de me mettre un peu de fruits, un fruit que je pouvais aimer. Mais tu sais, c’est du tofu avec yogourt.

Janine : Tofu, du lait complet, du yogourt, du son de blé, pêche ou poire, parce que ce sont les fruits les plus doux pour sa langue.

Ginette : C’était la nutritionniste…

Janine : Il fallait que je le fasse assez épais, mais assez clair pour que ça passe dans une paille. Alors c’était…

Ginette : C’était la nutritionniste que j’ai…

Janine : C’était une bouillie.

Ginette : Bouillie, bouillie! Une nutritionniste que j’ai dû voir parce que j’avais maigri de… sûrement 30, 40 livres.

Janine : En quelques semaines…

Ginette : En quelques semaines, alors elle m’a dit : « Vous ne pouvez pas continuer comme ça. Ça vous prend des forces. » Puis elle me demandait, bien qu’est-ce que je mangeais? C’est sûr que je ne mangeais pas, je prenais des bouteilles d'Ensure, mais ce n’était pas quelque chose de soutenant. Alors elle nous a donné cette diète-là qui a duré plusieurs mois.

 

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Ginette : Mais ça c’est quelque chose que les gens oublient! Ça c’est quelque chose qui est difficile parce que quand tu as fini ta chimio, puis ta radiothérapie, pour tes proches on ne parle plus de cancer. C’est fini! Tu es guérie! Tu as eu tes traitements, tout va bien. Il faut être positif dans la vie. Tout va bien! Mais dans la vraie vie, en tout cas pour moi, ça ne marche pas de même, le fait que j’ai eu des séquelles dans la bouche. Ce n’est pas automatique parce que tu as fini que tout est merveilleux à 100 % et que tu es guérie. Tu sais que tu en as encore pour cinq ans.

Janine : Mais c’est encore là de toute façon. Dans ta bouche ça va être là tout le temps.

Ginette : Oui, oui, dans mon cas, oui. Mais tu as quand même cinq ans avant qu’ils te disent : « Bien là, ouais, tu es guérie. » Alors, veux, veux pas, ce n’est pas une obsession, mais c’est quelque chose qui te reste dans la tête, veux, veux pas.

Janine : Qui te hante.

Ginette : Ouais. Qui me… oui, qui nous hante, oui.

Janine : Ouais, tu y penses tout le temps.

Ginette : Oui, c’est le mot, ouais.

 

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Mais je me dis, ça change complètement une personne, ça change ton attitude face à la vie. Les petits bonheurs, que j’appelle les petits bonheurs, des fois ce n’est pas grand-chose. Avant je ne les voyais pas, puis là je les vois. La petite voisine qui arrive ici, qui vient nous jaser ça. Elle a quatre ans, elle est tellement drôle, elle est fine. Je lui avais donné une fleur à un moment donné, elle revient pour nous remercier, puis c’était tellement drôle! Tu sais des petits bonheurs, que je ne les avais même pas vus passer avant. Mais là, aujourd’hui, tu es beaucoup plus axée aussi sur le moment présent, parce que bon, tu sais que ta vie est fragile aussi. Tu sais que… Bien j’ai quand même, je vais avoir 64. Tu es plus portée à vivre… je dirais vivre intensément. Ça c’est vraiment important.

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Est-ce que j'ai perdu la confiance? Je ne sais pas quoi te répondre? Parce que je suis un peu mitigée, parce que quand ils ont failli me donner une injection d’insuline, alors que je n’étais pas diabétique, c’est dur pour la confiance. Euh… Je suis plus sur la défensive, présentement. En général, et je suis très sincère quand je dis : « Ne laissez pas personne seule, que ça soit à l’urgence, que ça soit en consultation externe, peu importe. ». J’ai… C’est ça, j’ai trouvé ça … Pas facile! Pas facile! Les soins? Bien les soins, ça dépend de la personne qui est là. L’oncologue, je n’ai pas… Elle est extraordinaire, les traitements en chimio, ça s’est bien passé. Mais ce n’était pas de leur faute s’ils sont en retard! C’est des éléments techniques. Des fois, c’est une machine qui est défectueuse, il arrive des choses comme ça. Ça, je ne peux pas leur en vouloir.

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Tu sais des soins euh… Comme exemple, je suis dans la salle d’opération, dans une salle d’opération. Ça te dit exactement l’ambiance hein! Je me suis fait opérer quatre fois, je commence à le savoir! Il y a des fois que c’était comme … Ça pouvait être agréable, la façon que les gens interagissent entre eux autres, se parlent. Mais il y a d’autres fois! Tabarnouche! J’ai demandé : « Est-ce que vous pourriez m’endormir un peu avant là? » Je n’en pouvais plus! Je sentais… Ils ne travaillaient pas en équipe, c’était comme de l’agressivité. Ça, je me dis, on n’a pas à supporter ça. Là il y a un résident qui vient pour me donner l’injection. Est-ce que c’est pour endormir, je ne sais pas trop. Puis lui, je crois qu’il ne l’a jamais fait ou qu’il ne l’a pas fait souvent, mais il rentre dans la veine, puis il me fait mal! Puis il me fait mal! (soupir) Là je sais que je suis avec un résident! Bon là je prends des grandes respirations, je me parle : « Ginette, il faut qu’il apprenne, relaxe! Tu vas l’aider, relaxe! » Mais là, il zigonne avec l’aiguille dans la veine! Là j’ai dit : « Regarde, excuse-moi, je n’en peux plus. Sors! Sors! » Là j’ai dit : « Regarde, recommence le nombre de fois que tu veux, mais zigonne pas dans la veine, parce que ça fait trop mal! » Il a recommencé, puis là il était… Je voyais qu’il était stressé lui là, parce qu’il ne l’avait pas. Là je me parlais! Je me parlais, bon, elle est bleue un peu… Bon ça a fini que c’est son… L’anesthésiste qui est venu, il a essayé 3 fois, puis il n’a pas réussi. L’anesthésiste a essayé de me changer les idées en me parlant. Je voyais bien que c’était rien que pour me changer les idées. Puis là l’anesthésiste est venu lui-même, puis là, il leur a montré comment faire, puis… Là quand je suis retournée, parce que là, il fallait que je sois encore réopérée! Parce qu’il faut que tu ailles à la chirurgie préopératoire, j’ai dit : « Écoute, je suis tu obligée d’accepter d’avoir un résident qui ne sait pas piquer? Là je ne veux pas le ravoir. Excuse-moi, j’ai fait ma part. Ma part est faite! » (rire) Elle a dit : « Oui, vous avez le droit de refuser. C’est correct. » Mais je l’ai demandé. Puis finalement ça n’a pas été lui là… Mais tu sais, ce n’est pas le fun! Ce n’est pas vraiment plaisant. Ça fait que les soins dépendent 1. De la personne elle-même, mais il faut dire aussi qu’ils sont très, très occupés. Je ne m’en cache pas…

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Ginette : Bien moi, il faut dire aussi que je suis croyante. Et à un moment donné, ça faisait un an et demi certain, que j’étais tout le temps là-dedans, puis après ça, bien ça a été la radiothérapie, puis la radiothérapie. Le personnel était extraordinaire! (C’est à hôpital), la radiothérapie, merveilleux! Compatissant! Vraiment…

Ah oui! Je disais que j’étais croyante! Puis là ça faisait un an et demi là que j’avais fait le tour des ressources que je pouvais avoir, peut-être 2 ans. Je dis un an et demi, peut-être 2 ans. Alors là, moi je suis du genre, j’ai dit au bon Dieu : « Écoute bien, ça fait presque 2 ans là, je suis quasiment couchée à plat ventre, là, là, fais ton bout toi là, là. Moi j’ai tout fait! Tout fait ce qu’il y avait à faire, puis regarde ce que j’ai l’air. Là, là, je voudrais que tu mettes quelqu’un sur mon chemin pour essayer au moins de m’aider à ce que cette plaie-là guérisse, puis que je sois capable au moins de me bouger le bras. »

Et moi je suis du genre comme ça, et puis 2 jours plus tard, je demeure avec Janine, ici. Janine se lève et elle dit : « Ginette, je ne file pas ce matin, j’ai rendez-vous chez mon médecin. Est-ce que tu voudrais conduire la voiture? » J’ai dit : « Oui, je suis capable de conduire. » Alors on va à sa clinique, et à un moment donné, il y avait dans le coin une porte. C’était un monsieur (nom), c’était marqué : « Physiothérapeute avec approche ostéopathique et acupuncteur. » Et là dans ma tête ça a fait comme un déclic. J’ai dit : « Ouais, je pense que je viens… ».

Janine : C’est sa réponse…

Ginette : Je ne l’avais jamais entendu ce gars-là, là. Alors j’ai pris rendez-vous, j’ai été voir la secrétaire…

Janine :  Bien tu n’étais jamais venue dans cette clinique-là.

Ginette : Non, je n’étais jamais allée dans cette clinique-là. Alors je prends un rendez-vous la semaine d’après. Je vais voir ce monsieur-là. J’ai dit : « Écoute, je ne le sais pas si tu peux faire quelque chose pour moi là. » Je lui montre ma plaie, tout ça. Il a dit : « Écoute, moi j’ai déjà eu un cancer, et j’ai étudié au… » Je ne me souviens pas c’est en Europe ou aux États-Unis « …pour soigner les plaies. »…

Janine : en Europe…

Ginette : C’était exactement la personne qu’il me fallait.