Naoual

Naoual
Âge
42

Naoual (42 ans) a un partenaire et deux jeunes enfants. Elle travaillait comme prothésiste dans un cabinet dentaire. Elle a continué de travailler après ses traitements mais elle a cessé lorsque son employeur n'a plus eu suffisamment de travail pour elle.

Naoual a été diagnostiquée en 2012. Naoual a palpé les masses dans son sein mais ne s'est pas inquiétée tout de suite. Elle a premièrement été en vacances comme prévu au Maroc avant de voir son médecin de famille. Ce dernier lui a conseillé de faire d'autres tests. Naoual a réalisé que c'était plus sérieux que ce qu'elle pensait au début quand le technicien lui a demandé, lors de l'échographie, s'il  y avait des antécédents de cancer du sein dans la famille. Le jour suivant Naoual a reçu les résultats et a rencontré son médecin de famille de nouveau. On lui a demandé de subir une biopsie afin de déterminer s'il s'agissait d'un cancer ou non. Naoual a dû attendre un mois pour subir sa biopsie et elle a attendu trois autres semaines avant de recevoir les résultats. Elle a reçu un appel au travail lui annonçant qu'elle avait un cancer du sein. Ce fut un moment tellement difficile pour Naoual qu'elle a eu de la difficulté à l'annoncer à sa famille et à ses deux jeunes enfants. Elle a décidé d'informer sa sœur qui vit au Maroc en premier et ensemble elles ont décidé qu'il était préférable que sa mère vienne au Canada pour que Naoual puisse lui annoncer en personne. Elle est très heureuse du soutien qu'elle reçoit de sa famille qui demeure principalement au Maroc. Elle a subi une tumorectomie suivie d'une mastectomie, et alors, comme les marges n'étaient pas claires, de la chimiothérapie et de la radiothérapie. Naoual a décidé de ne pas subir de chirurgie reconstructive parce qu'elle a réalisé que ce ne serait pas facile et, comme elle le dit, elle est heureuse avec le corps que Dieu lui a donné. Pendant qu'elle subissait ses traitements, Naoual a ressenti le besoin de faire des changements afin de pouvoir faire face à tout ceci. À titre d'exemple, elle a eu l'idée d'organiser une parade de mode pour les femmes souffrant d'un cancer du sein. L'organisation de cet événement était une façon de surmonter sa mauvaise humeur et les femmes impliquées dans ce projet lui ont apporté beaucoup de joie et de bonheur. Naoual a aussi encouragé ses enfants à être plus indépendants et ils ont appris, par exemple, à se rendre seuls à l'école. Mère monoparentale avant son diagnostic, elle a débuté une nouvelle relation avec quelqu'un qui l'accepte totalement telle qu'elle est.

 

Temps depuis le diagnostic
2 - 5 years
Phase de traitement
En rémission

Videoclips

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J’ai commencé à faire des recherches pour la nutrition, c’est quoi les choses que je dois manger, c’est quoi les choses que je ne dois pas manger. Il faut manger plus les légumes, les fruits. Mais il fallait faire des recherches, ce n’était pas facile parce que les médecins, ils ne donnent pas toutes les informations, mais ils ont besoin de faire une formation au niveau de ça. Parce que la plupart, on n’a pas une garantie que le cancer vient de la nutrition, mais c’est sûr qu’une partie de ce qu’on mange quotidiennement, ça affecte la santé. Alors les femmes, elles sont perdues pendant la chimio, Qu’est-ce qu’elles veulent manger?

Qu’est-ce qu’il faut manger? Qu’est-ce qu’il ne faut pas manger? Même s’il y a des nutritionnistes sur place, mais parfois je parle : « Est-ce que je peux manger l’aloe vera? » Ils ne savent même pas c’est quoi l’aloe vera. « Ah! non! Je n’en ai aucune idée. » Alors ce que j’aimerais passer comme message, c’est que les femmes qui sont atteintes du cancer ou n’importe quelle personne qui est atteinte du cancer, elle a besoin de qu’est-ce qu’il faut manger? Qu’est-ce qu’il ne faut pas manger? Surtout quand elles sont à l’hôpital. Parce que parfois les gens, ils n’ont pas le temps de faire des recherches sur l’Internet. C’est sûr qu’il y a tout sur Internet, mais on a besoin que quelqu’un confirme : « On mange ça, on ne mange pas ça. Il ne faut pas manger trop de viande, il faut manger plus de poisson par exemple. Il faut manger des fruits. Il faut faire des jus, des smoothies, des jus naturels. » On a besoin de ça.

Comme je vous ai dit pour les professionnels de la santé, parfois on demande, une telle plante? Ils ne sont pas au courant de ça. Ou il n’y a pas de recherche qui a démontré que cette plante-là est efficace ou qu’elle est bien pour la santé ou ça renforce les cellules… Surtout quand on a de l’anémie, quand on fait le – comment ça s’appelle? – la chimio, le système immunitaire est très faible, alors on a besoin de bien manger des choses qui ont des protéines, des vitamines, on a besoin de bien manger. Il n’y a pas une formule où ils te disent : « Il faut manger ça, il ne faut pas manger. » Surtout à l’hôpital comme je vous ai dit. L’information, comme je vous ai dit, on a besoin que le médecin nous donne plus de leur temps. Je sais qu’ils ont beaucoup de patients, ils travaillent fort, mais une patiente, elle a besoin de plus d’information. C’est comme si les médecins sont … Ils ont beaucoup, beaucoup de responsabilités, ils n’ont pas le temps d’expliquer, comment… Qu’est-ce qu’il faut manger, qu’est-ce … Ils n’ont pas cette information-là.

 

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Après la maladie, on essaie d’améliorer notre qualité de vie. Ça veut dire, on essaie, je ne veux pas dire que j’essaie d’être parfaite, mais j’essaie d’aider le monde, j’essaie de faire de belles choses. J’essaie d’améliorer la situation de… et la qualité de vie, ça veut dire, je ne veux pas… Si le patron me dit : « Il n’y a pas de travail pour toi. » Je ne vais pas me casser la tête, mon destin, il est là. C’est… je suis en vie, c’est l’essentiel.

Je ne veux pas aller contre le courant, le courant, il marche, c’est le destin. Alors il faut accepter, il faut accepter, c’est juste ça.

Intervieweur : Donc le changement à l’intérieur…

Exactement… Avant je me suis dit : « Non, pourquoi le patron, nan nan ni, nan, nan, nan… » La vie, elle n’a pas besoin de ça. Non. La vie est belle, alors il faut vivre au jour le jour. Et that’s it… Si la mort elle vient, tout le monde va mourir de toutes manières avec le cancer ou sans le cancer. C’est ça, il faut garder le courage. Même hier quand j’ai été voir le médecin, je n’avais pas une certaine peur, j’ai dit : « Ok, c’est vrai que j’ai toujours peur de la chimio. » Je n’aime pas refaire cette expérience-là. Mais je ne… J’ai eu un certain courage.

Le plus positif, comme je vous ai dit, le cancer m’a donné le courage de voir la vie autrement. Oui, il faut garder l’espoir.

 

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Et j’ai fait la connaissance de femmes qui sont atteintes du cancer et qui ont besoin, qui ont besoin vraiment, des femmes qui ont le cancer généralisé, mais il n’y a personne qui frappe à leur porte pour dire « Bonjour, ça va? Est-ce que vous avez besoin de quelque chose? » Vraiment c’est très dur. Et surtout on est dans un pays là où il n’y a pas la… il y a plus des immigrants, elles ne sont pas entourées de leur famille, et c’est très difficile que quelqu’un… Il souffre d’une maladie et il est tout seul. Vraiment c’est… Moi, j’ai été chanceuse parce que j’étais toujours entourée des amis, et ma famille est venue pour me voir, mais il y a d’autre monde qui ont besoin de soutien, de soutien moral, de soutien… C’est vrai qu’il y a des organismes qui présentent plusieurs choses, je ne vais pas nier ça. Mais côté affection, côté quelqu’un qui vient chez toi à la maison si tu as besoin de quelque chose. Ça, il y a beaucoup un manque. C’est ça.

J’acceptais toujours les invitations. J’essayais de sortir de ma bulle, je ne restais pas beaucoup à la maison. J’acceptais que les gens viennent pour me voir, je n’avais pas de problème à ce niveau-là.

 

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Mais quand j’ai commencé la chimio, ça a été la plus dure des opérations, c’est plus, plus dur que les opérations. Oui. Quand j’ai commencé à faire la première séance de chimio, je n’étais pas bien du tout. Et j’étais trop agressive avec les infirmières. C’est comme si elles mettaient du poison dans mon corps, je n’ai pas accepté du tout, du tout, c’était une catastrophe pour moi. Et à ce moment-là, j’ai commencé ma première séance de chimiothérapie et c’est… Ce n’est pas facile de se rappeler de toutes les étapes.

J’ai commencé ma première séance de chimiothérapie et j’ai eu des complications au niveau de… mon ventre… j’avais des douleurs au niveau de mon ventre. Je n’étais pas bien du tout dans tous les sens vraiment, c’est une catastrophe. Et à ce moment-là, j’ai commencé à penser de faire un défilé de mode dans cette … J’étais dans ma bulle, je ne parlais avec personne, mais je pensais de faire un défilé de mode, pour les femmes, les survivantes ou les femmes qui sont atteintes du cancer du sein, qui sont en traitement, et pour les faire sortir de leur chagrin, de leur tristesse. Pour les faire vivre entourées de leur famille dans la joie, et de rendre un petit peu la féminité et l’estime de soi pour les femmes qui ont eu cette maladie. Parce que c’est une épreuve très, très difficile, ce n’est pas facile du tout. Alors j’ai commencé à penser à ça, j’ai commencé à penser quelque chose qui va me faire sortir de mon chagrin, et c’est ça mon idée. Alors j’ai parlé avec l’association de l’hôpital, j’étais en plein traitement et j’ai commencé à parler avec l’association, ils ont accepté l’idée, ils ont aimé, à chaque fois que je parlais avec une madame dans la salle d’attente et je disais « Accepteriez-vous d’être mannequin? » « Oui, oui, oui, j’aimerais bien, nan, nan, ni, nan, nan, nan… » C’est… Quand je vois leur sourire, ça me rend heureuse. Et c’est ça mon expérience.

 

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Je suis partie pour prendre rendez-vous, alors ça m’a pris du temps, je pense un mois, un mois et demi pour faire une biopsie. Et après la biopsie ça m’a pris encore du temps pour savoir le résultat. Ils m’ont dit : « Si c’est sérieux, si c’est grave le médecin va vous appeler la première semaine ou la deuxième semaine, mais ça va prendre 3 semaines pour avoir un résultat. » Je suis prothésiste dentaire de formation. J’étais en train de travailler et le médecin m’appelle avec un numéro anonyme : « Bonjour madame Nagi. » « Oui, c’est moi. »« Alors malheureusement vous avez le cancer. Et on va fixer le rendez-vous demain pour que vous puissiez venir à l’hôpital pour qu’on parle des étapes de la chirurgie et tout. » Je n’arrivais pas à trouver les mots, mais ça a été dur de savoir une telle information par téléphone.

 

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Oui, moi, j’étais toute seule pendant cette période-là, et je pensais aux femmes qui étaient avec leur mari, il faut qu’elles soient fortes et il faut que le mari soit fort aussi. Et… Parce que la femme, elle est d’une certaine sensibilité incroyable pendant cette période-là. Mais le bon Dieu m’a donné la maladie, après il m’a donné une personne, une bonne personne. Je suis avec lui maintenant, et il m’accepte comme je suis. Et j’avais l’idée de ne pas faire l’opération pour avoir le sein, et lui, il est d’accord, on n’a pas de problème.