Stratégies d’adaptation

Les femmes ont utilisé une grande variété de stratégies pour s’adapter à leurs expériences avec le cancer. Certaines de ces stratégies impliquaient des actions concrètes. Parmi les stratégies on retrouve l’adoption d’attitudes et de manières de penser reliées à leurs circonstances. Pour quelques femmes, la foi et la spiritualité étaient des éléments importants de leur parcours. Les stratégies d’adaptation pouvaient ainsi inclure à la fois du soutien de sources externes et (ou) leurs propres ressources intérieures.

Changement dans la vie quotidienne

Être en traitement pour le cancer signifiait d’importants changements dans la vie quotidienne de plusieurs femmes, ainsi que trouver un nouvel équilibre comprenant la vie avec le cancer ou comme le disait Isla : « Je pouvais m’occuper des enfants et du cancer ou travailler et avoir le cancer, mais je ne pouvais pas m’occuper des enfants, travailler et être atteinte du cancer. » Les femmes ont raconté qu’elles ont dû prendre du recul face à certaines activités afin d’être en mesure, par exemple, de gérer leur fatigue et le nombre de rendez-vous médicaux auxquels elles devaient se rendre, ce qui voulait dire qu’elles passaient moins de temps avec leurs enfants, au travail, ou à leur passe-temps, comme jouer un instrument de musique. Même si la nature et l’intensité des activités avaient changé, les femmes ont également poursuivi la recherche de normalité et d’alternatives pour remplacer les activités qu’elles ne pouvaient plus faire. Par exemple, Nalie ne pouvait plus sortir tard le soir avec ses amis mais elle pouvait encore sortir dîner. Kathryn a passé plus de temps au cinéma.

Soutien de la part des autres

Qu’il soit formel ou informel, le soutien de la part des autres était une partie importante de l’expérience du cancer pour plusieurs femmes.

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Mon conjoint est ultra positif. Il est le plus positif, tellement positif au point où c’est : « Es-tu sérieux? C’est vraiment pourri, il y a de mauvaises choses qui se passent ici aussi. » Mais c’est correct. Il est vraiment positif, optimiste et amusant.

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D’autres femmes ont puisé leur soutien dans les communautés auxquelles elles appartenaient avant leur diagnostic. Par exemple, Julia pratiquait la méditation consciente avant d’être diagnostiquée de cancer. Elle fut capable de puiser dans la pratique et la communauté pour la soutenir pendant son expérience. Même si Julia participait à un groupe d’entraide pour les femmes atteintes de cancer du sein, celui-ci ne lui convenait pas.

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J’y suis allée une fois mais – ils étaient gentils et accueillants – probablement la majorité semblait être dans les 80 ans et ils se connaissaient depuis très longtemps et faisaient partie de ce groupe depuis très longtemps.

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Certaines femmes ont également bénéficié de soutien psychologique et de groupes d’entraide organisés spécialement pour les femmes atteintes de cancer du sein.

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Quand on m’a appris que mon cancer du sein était rendu dans mes os, j’ai eu peur. J’ai eu très peur. J’ai pensé à la mort. Pendant plusieurs mois, j’ai dû apprivoiser l’idée que la mort pour moi va peut-être arriver plus vite que pour d’autres. C’était ça qui me hantait beaucoup en même temps, parce que la douleur était là, elle était très présente.

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Les animaux de compagnie pouvaient faire partie du soutien de la part des autres. Le chien de Kathryn fait partie intégrante de son système de soutien. Comme elle l’explique, avoir un animal lui a constamment fourni de la compagnie mais cela lui a également demandé de rester connecter à autre chose qu’elle-même.

Pratiques en matière de bien-être

Un certain nombre de femmes se sont engagées dans des pratiques qui les ont aidées à s’adapter au cancer et ont restauré un sentiment de bien-être dans leur vie. Parmi celles-ci on retrouve le yoga, la méditation, la relaxation et la visualisation. De plus, en réduisant le stress et l’anxiété, ces pratiques ont permis aux femmes d’avoir une expérience plus positive de leur corps et de se centrer sur le bien-être. Elles peuvent également devenir une routine structurée, ce que plusieurs femmes ont trouvé profitable. Par exemple, Julia a constaté qu’elles étaient efficaces pour repousser les pensées anxieuses qui tendaient à faire surface au milieu de la nuit.

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J’ai fait une chose, j’ai une amie psychologue qui m’a dit que si je voulais je pouvais aller la voir et qu’elle m’aiderait avec la méditation. Elle m’a montré à faire de la méditation. Je pouvais la faire n’importe quel jour, mais spécialement avant d’aller à ma chimio.

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La visualisation ou imagerie mentale est une autre pratique que les femmes ont estimée efficace. La visualisation est une technique qui utilise l’imagination pour contrôler les images mentales, ce qui aide à réduire le stress et l’anxiété.

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J’ai fait une autre chose, beaucoup de visualisation. Une des choses que j’ai faite avec la visualisation c’était quand la tumeur a été retirée. J’avais effectivement visualisé que c’était tout le cancer qui sortait de mon corps. Après ma chirurgie, je me considérais effectivement comme sans cancer.

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Les pratiques en matière de bien-être peuvent également être simples et évidentes. Comme Margaret l’a souligné, lorsqu’elle avait des nausées importantes après la chimiothérapie : « Si vous pouvez aller prendre l’air et marcher et faire quelque chose qui apporte une aide importante. J’y crois beaucoup. Je veux dire que même maintenant j’essaie de marcher ou de faire quelque chose tous les jours afin de rester en forme et active. »

Croyance et spiritualité

Même si ce n’est pas toutes les femmes qui avaient une croyance religieuse ou spirituelle, mais pour certaines la foi et la spiritualité étaient une partie importante de leur parcours. Plusieurs d’entre elles se sentaient comme si elles avaient quelqu’un qui les protégeait.

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Ginette : Bien moi, il faut dire aussi que je suis croyante. Et à un moment donné, ça faisait un an et demi certain, que j’étais tout le temps là-dedans, puis après ça, bien ça a été la radiothérapie, puis la radiothérapie. Le personnel était extraordinaire! (C’est à hôpital), la radiothérapie, merveilleux! Compatissant! Vraiment…

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Je suis une personne très spirituelle, alors au moment où tout cela s’est produit, c’était très angoissant. Je priais beaucoup. J’ai beaucoup médité, ce qui m’a donné beaucoup de force. J’ai senti qu’il s’est produit un véritable miracle pendant ma chirurgie. Deux jours avant ma chirurgie j’ai voulu voir mon médecin précédent.

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En général, les femmes qui avaient une croyance religieuse ou spirituelle ont été capables d’y puiser la force et l’aide pour s’adapter pendant leur parcours du cancer.

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Je m’étais éloignée de l’église pendant longtemps. Je suis catholique, catholique romaine, et j’avais décidé quelques mois auparavant que je voulais retourner à l’église, et je l’ai fait. Depuis ce temps j’en ai discuté avec le prêtre. Peu de temps après je suis allée à une église tout près, et une autre encore plus près après… que je ne connaissais pas.

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Attitude et manières de penser

Plusieurs femmes ont constaté qu’il était important de travailler à adopter des attitudes et des façons de penser particulières pour s’adapter à leur expérience du cancer. Garder le sens de l’humour, faire des « petits pas », se donner la permission de ne pas être des « superfemmes » et d’avoir des sentiments, et essayer de maintenir une routine quotidienne quasi normale faisaient partie des stratégies les plus courantes.

Il y eu également des moments où les femmes s’en sont sorties en ne pensant à rien volontairement ou en choisissant de repousser les pensées negatives.

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Lorsque je me couche j’y pense et je me dis de le repousser. Repousse-le de ton esprit, essaie de penser à autre chose. J’essaie de penser à autre chose ou à quelque chose de beau, ou à mes petits-enfants, ce que je peux faire pour eux jusqu’à ce que je m’endorme.

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Lorsque Melissa se retrouvait face à des pensées préoccupantes, elle les acceptait mais ensuite les mettait de côté pour empêcher qu’elles deviennent écrasantes.

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Je voulais comme… pas ignorer là, mais comme si ça n’existait pas … continuer à vivre là, parce que … J’avais peur que ça prenne trop le dessus ou trop … J’ai essayé de ne pas entrer dans une panique, dans une hystérie et surtout que ça ne prenne pas le dessus, que ça ne me contrôle pas, que je ne devienne pas que ça.

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Étant donné que le cancer est une maladie sérieuse, cela peut surprendre que l’humour ait été une stratégie d’adaptation importante pour plusieurs femmes. Cependant, comme l’a mentionné Shelley : « Pleurer et être en colère demandent tellement d’énergie comparativement à rire et se dire qu’importe et passer à autre chose, essayer quelque chose de différent. » Donna a trouvé que rire des situations absurdes lui procurait un soulagement des effets secondaires et des conséquences des traitements.

Stratégies d’adaptation

Un jour j’étais dans un magasin, j’étais à la pharmacie avec ma fille et parce que je ne sentais rien dans mes doigts j’échappais des choses, n’est-ce pas. Je sors donc mon portefeuille et il tombe sur le plancher. Je me suis penchée pour le ramasser et ma perruque a basculé. Je me suis relevée et juste l’expression du visage de la personne qui était en arrière de moi.

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Bien qu’il ait été important que les autres reconnaissent ce que les femmes atteintes de cancer du sein affrontaient, cette reconnaissance pouvait être malvenue lorsqu’elle se présentait sous forme de pitié. Joanne souligne : « Vous savez, je vais à l’épicerie ou dans ma famille et tout le monde me prend en pitié. » Lorsque le technicien de Joanne lui a demandé si elle avait des plaintes à propos de son sein pendant le dépistage, elle lui a répondu : « À par le fait que je n’en ai qu’un seul? » afin d’alléger la situation.

Apprendre à faire des petits pas est une autre stratégie utile pour certaines femmes. Debbra rappelle aux femmes que le traitement du cancer est un long parcours comprenant plusieurs étapes. Se concentrer sur une étape à la fois rend les choses plus faciles à gérer. Les femmes ont parlé des attentes et de la pression d’être des « superfemmes », souvent venant d’elles-mêmes.

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Je suis une maman. J’ai un travail à temps complet. J’ai un époux qui ne comprends pas quelquefois et il y a plusieurs autres femmes ou d’autres aidants qui sont dans des situations similaires. Je pense qu’il est vraiment important que nous comprenions tous l’expérience de chacun.

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Dans un même esprit, plusieurs femmes ont souligné que de faire face au cancer du sein était une expérience vraiment difficile. Quelquefois vous vous sentez dépassées et c’est important de se rappeler que c’est légitime de se sentir comme ça.

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Ah! Oui, oui! Il faut être patient avec les personnes… parce que quand on est… on a cette maladie, on devient… Je ne sais pas comment, on se referme, on se sent… pas seule mais on est en colère. On se dit : « Pourquoi c’est nous? Pourquoi, c’est moi? » Et c’est bien d’être entourée. C’est bien d’être bien entourée. Et puis qu’ils… Ceux qui nous harcèlent avec la pensée positive, c’est ce que je… Moi c’est ce qui me déplaît un peu plus, c’est quand ils commencent à… Les gens commencent à dire « Non, mais il faut penser positif, il faut être positif! » Mais non! Mais non! C’est bien beau de le dire parce qu’on est de l’autre côté de la barrière, mais quand on le vit réellement, c’est normal de penser à la mort. C’est normal de penser à la récidive. C’est normal de dire : « Que j’en ai marre d’avoir ces moments de colère, ces moments de déprime! » Il ne faut pas encore en rajouter en culpabilisant la personne. « Non, il faut que tu sois… Non, il faut que tu sois positif. »

Oui, la… Comment ils disent, la moitié de la guérison… 50 % de la guérison, c’est le moral. On peut être déprimée, et pessimiste et guérir! Et optimiste, on fait tout et c’est ça! Donc il n’y a rien! Il n’y a pas une règle générale, tout est… À chacun son cancer, à chacun sa réponse, à chacun ses sentiments, à chacun… Puis regarde comment il est… Il ne faut pas essayer de mettre tout le monde dans le même moule, et de dire… « Non, il faut être positif. » Ça m’énerve.

 

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Review date
2019-09

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