Conseils pour les femmes souffrant d’insuffisance cardiaque
Les participantes ont partagé de nombreux conseils avisés et des recommandations à l’intention des femmes qui reçoivent un diagnostic similaire. Elles ont souvent souligné le pouvoir de la communauté et l’importance pour les femmes de créer des liens avec d’autres personnes atteintes d’insuffisance cardiaque. Elles ont également encouragé les femmes à défendre leurs intérêts et ceux d’autres patientes atteintes de maladies cardiaques en participant à des projets de recherche sur l’insuffisance cardiaque féminine. En s’informant sur leur état de santé, leurs symptômes et leurs traitements, les femmes peuvent se défendre efficacement et être considérées comme des membres à part entière de leur équipe soignante. Elles ont aussi recommandé de s’entourer d’une équipe de soutien de confiance, capable de les défendre en cas de besoin. Enfin, les femmes atteintes d’insuffisance cardiaque ont encouragé les autres à faire preuve de persévérance et d’insistance face au système de santé et aux professionnel·les de la santé, afin d’obtenir des réponses à leurs questions et de bénéficier des soins souhaités.
Groupe de soutien par les pairs
Ces femmes avaient besoin de trouver d’autres femmes atteintes d’insuffisance cardiaque avec qui partager leurs expériences, mais aussi de trouver une communauté de soutien. Le fait de parler à quelqu’un qui les comprenait vraiment a permis à certaines d’entre elles de réaliser qu’elles n’étaient pas seules et que d’autres femmes étaient confrontées aux mêmes défis. Interrogée sur les conseils qu’elle donnerait à d’autres femmes atteintes d’insuffisance cardiaque, Sharon2 décrit le soutien des autres comme un réconfort :
“Well, I think it’s find a community. I think there is a lot of support and solace to be found by being in the community of other heart patients. I think it helps you appreciate your experience, put it in perspective and understand it. I think its one of the most important things.”
[« Eh bien, je pense qu’il est important de trouver une communauté. Je pense qu’on peut trouver beaucoup de soutien et de réconfort en faisant partie d’une communauté d’autres patient·es cardiaques. Je pense que cela vous aide à apprécier votre expérience, à la mettre en perspective et à la comprendre. Je pense que c’est l’une des choses les plus importantes. »] Traduction de l’original anglais.
Lori décrit les autres femmes atteintes d’insuffisance cardiaque comme des alliées.
Transcription
I was just saying that I think women especially should talk to other women with heart failure and their experiences. It’s great to find out their own experiences and you become allies and you become friends, and for me I became friends with a lady who was my roommate and […]
Pour d’autres, le fait d’entrer en contact avec une personne ayant vécu une expérience similaire a été une bouée de sauvetage et a fait toute la différence dans leur parcours. La prise en charge de l’insuffisance cardiaque comprend de nombreuses interventions médicales et dispositifs peu courants. Le fait de pouvoir entrer en contact avec d’autres femmes permet aux personnes concernées de se sentir moins seules. C’était particulièrement vrai pour les jeunes patientes atteintes d’insuffisance cardiaque, car la plupart des aides, des ressources et des services étaient destinés à des patient·es beaucoup plus âgé·es. Naomi explique comment le fait de parler à une autre femme vivant avec un dispositif d’assistance ventriculaire gauche (DAVG) [un dispositif implanté qui remplace le ventricule gauche] lui a donné l’espoir qu’il était possible de mener une vie agréable malgré l’insuffisance cardiaque.
Naomi explique comment le fait d’entrer en contact avec d’autres personnes dans la même situation permet de garder espoir.
Transcription
None of my friends had heart failure so I just couldn’t really, and it was a complete game changer a complete a 180, like a full 180 kind of game changer to talk to other heart transplant patients talk to another LVAD patient. It made me go from anxious, terrified, […]
Si le fait d’entrer en contact avec une personne ayant vécu une expérience similaire est important, d’autres participantes ont souligné l’importance de se joindre à des groupes de soutien. Pendant la pandémie de la COVID-19, les ressources en ligne ont permis d’entrer en contact avec l’équipe soignante, des groupes de soutien et d’autres patient·es, offrant ainsi une large gamme de services d’aide.
Construire un réseau de soutien autour de soi
Outre le soutien entre pairs, de nombreuses femmes ont souligné la nécessité de construire un réseau de soutien solide. Ne soyez pas timide pour demande de l’aide, tel était le conseil général, et sollicitez l’aide pratique de votre famille et de vos ami·es pour nettoyer votre maison, faire les courses, la lessive et préparer les repas.
Louise a déclaré que son plus grand échec était de ne pas avoir sollicité l’aide des autres.
Témoignage écrit
I think my biggest downfall is that I don’t ask for help from others. Because I want to be Superwoman. Because I always was Superwoman. My biggest hurdle has been a lifelong habit of never complaining. That was not helpful. Until recently, I really didn’t understand the magnitude of my heart events each time I survived. And when I realized the severity, I didn’t know how to convert the medical facts to simple terms for my family. So I never talked about my medical issues to anyone. I knew I had love and support, but I didn’t want anyone to be scared of losing me. I had surgeries and medications, and thought recovery was a given. This kept me in denial until I heard the words heart failure.
Talking about my experiences here is a first step for me. I hope to include my family and friends sooner than later. I need my people to understand the evolution of my health issues, and how I’m actually coping to survive each day. And yes I have to learn to say no. And yes, I have to learn to ask for and accept help. I think I am slowly getting there.
[Je pense que mon plus grand échec est de ne pas solliciter l’aide des autres. Parce que je souhaite être une superwoman. Parce que j’ai toujours été une superwoman. Mon plus grand obstacle a été mon habitude de ne jamais me plaindre. Cela ne m’a pas aidée. Jusqu’à récemment, je ne comprenais pas vraiment l’ampleur des problèmes cardiaques que j’avais chaque fois que j’en sortais indemne. Et lorsque j’ai pris conscience de leur gravité, je ne savais pas comment traduire les faits médicaux en termes simples pour ma famille. Je n’ai donc jamais parlé de mes problèmes médicaux à personne. Je savais que j’avais de l’amour et du soutien, mais je ne voulais pas que mon entourage ait peur de me perdre. J’ai subi des opérations et pris des médicaments, et je pensais que la guérison était acquise. Cela m’a maintenue dans le déni jusqu’à ce que j’entende les mots « insuffisance cardiaque ».
Parler de mon expérience ici est une première étape pour moi. J’espère pouvoir bientôt en parler à ma famille et à mes ami·es. J’ai besoin que mes proches comprennent l’évolution de mes problèmes de santé et la manière dont je m’adapte pour survivre au quotidien. Et oui, je dois apprendre à dire non. Et oui, je dois apprendre à demander et à accepter de l’aide. Je pense que j’y parviens progressivement.] Traduction de l’original anglais.
De nombreuses femmes ont souligné l’importance d’être accompagnées par une deuxième personne lors des rendez-vous médicaux ou des interventions, afin que celle-ci puisse écouter, prendre des notes, poser des questions et défendre les intérêts de la patiente. Lillian et Deb ont souligné l’importance de l’accompagnement dans le processus d’assimilation des informations, indiquant qu’il peut être bénéfique de recourir à un soutien externe pour la prise de note.
Lois évoque la présence de sa sœur lors de ses rendez-vous.
Transcription
I think you got to ask a lot of questions and you got to take advice the best way you can, but I think that we don’t ask a lot – enough questions and I have – I have – one of the – and that’s one of the reasons […]
Plusieurs femmes ont évoqué la nécessité de développer un réseau professionnel de confiance comprenant des médecins de famille, des infirmier·ères, des travailleur·ses sociaux·les, des diététicien·nes et des psychologues. Ce réseau permettrait d’aider les femmes atteintes d’insuffisance cardiaque qui ont besoin d’aide, que ce soit pour s’y retrouver dans le système, obtenir un soutien matériel et psychologique ou apprendre à mieux gérer leur état. Il est essentiel de souligner l’importance de cette démarche, notamment pour les femmes qui ne bénéficient pas d’un réseau familial ou amical étendu pour les soutenir. Comme le recommande Lillian :
“So I think finding some supports for yourself that it’s OK, if you can afford it to get a therapist like. And if you can’t, trying to push the healthcare providers to get you a social worker or get something for you. I think from what I understand, if you’re in an academic centre, then there’s clinics that have like psychologists and social workers and nurses and dieticians and whatever, but that’s not the case in the smaller places.”
[« Je pense donc qu’il est important de trouver des sources de soutien pour vous-même. Si vous en avez les moyens, vous pouvez faire appel à un·e thérapeute. Si ce n’est pas le cas, essayez d’inciter les prestataires de soins de santé à vous mettre en relation avec un·e travailleur·se social·e ou à vous proposer une aide. D’après ce que je comprends, si vous vous trouvez dans un centre universitaire, il existe des cliniques qui disposent de psychologues, de travailleur·ses sociaux·les, d’infirmier·ères, de diététicien·nes, etc., mais ce n’est pas le cas dans les petites localités. »] Traduction de l’original anglais.
Défense des droits
Plusieurs participantes ont exprimé la nécessité de défendre leurs propres droits ou de disposer d’un soutien externe pour effectuer cette démarche à leur place. Les femmes estimaient que si elles ne s’exprimaient pas, ne posaient pas de questions ou ne faisaient pas entendre leur voix, elles seraient mises de côté ou laissées pour compte. La défense des droits s’est avérée indispensable, de nombreuses femmes témoignant de situations où elles n’avaient pas été écoutées, prises au sérieux ou entendues.
Barbara conseille aux autres de « ne jamais cesser de s’exprimer jusqu’à ce qu’elles obtiennent ce qu’elles souhaitent ».
Transcription
Don’t stop screaming. Just say it out loud. Tell them what you’re – what you’re after. Tell them what your symptoms are, and you know far too many women are diagnosed with anxiety when it’s actually – when they’re actually having a heart attack. You have to stop being afraid […]
Amanda réfléchit aux conséquences si elle et sa famille n’avaient pas insisté pour obtenir un diagnostic et des options de traitement : “Yeah, like I said, if it wasn’t for that strong advocation and that strong push to get things done, I would have been in heart failure, well honestly, I probably wouldn’t have been in heart failure for very long because I wouldn’t have survived, right?” [« Oui, comme je l’ai dit, sans cette forte mobilisation et cette pression pour que les choses soient faites, j’aurais souffert d’une insuffisance cardiaque. Honnêtement, je n’aurais probablement pas souffert d’une insuffisance cardiaque très longtemps, car je n’aurais pas survécu, n’est-ce pas? »] Traduction de l’original anglais.
Deb offre également des conseils avisés aux femmes qui se présentent plusieurs fois aux urgences et qui sont ignorées. Elle encourage les autres à se faire accompagner à l’hôpital par une personne qui pourra les défendre. “I think the number one takeaway for me from this experience, aside from the obvious is that: A. Never go to the hospital more than once by yourself, B. All I had to do was stand up for myself. All I had to do was sit down and say I’m not leaving.” [« Je pense que la principale leçon que je tire de cette expérience, outre l’évidence, est la suivante : a) ne jamais se rendre seule à l’hôpital plus d’une fois; b) tout ce que j’avais à faire, c’était de me défendre. Il m’a suffi de m’asseoir et de dire que je ne partirais pas. »] Traduction de l’original anglais.
La notion de confiance en son corps était étroitement liée à celle de se défendre soi-même. Les femmes ont déclaré avoir parfois eu l’impression que leurs préoccupations étaient négligées, ce qui a entraîné chez elles un sentiment de doute et la suspicion d’exagérer leurs symptômes. Maya a expliqué comment le fait d’avoir suivi son instinct, qui lui disais que quelque chose n’allait pas, lui avait sauvé la vie. “I would say definitely advocate for yourself as much as possible. If you think something is wrong trust yourself, trust your body and then find someone who will listen to you. That’s what I think saved my life in the end.” [« Je dirais qu’il faut absolument se défendre autant que possible. Si vous pensez que quelque chose ne va pas, faites confiance à votre intuition, faites confiance à votre corps, puis trouvez quelqu’un qui vous écoutera. C’est ce qui, selon moi, m’a finalement sauvée. »] Traduction de l’original anglais.
Joanne recommande de prendre en main votre propre santé.
Transcription
You have to advocate for your own health, which is something I guess I should have pushed a little bit more at the beginning – but not knowing or having any of that experience you just, I never did. So until my girlfriend really said push and phone and find […]
Les femmes ayant des antécédents familiaux importants de maladies cardiaques et d’insuffisance cardiaque ont exprimé une préoccupation particulière quant à la nécessité de se faire dépister pour détecter les causes héréditaires. Le dépistage de ces pathologies cardiaques requérait des efforts supplémentaires et une campagne de persuasion, car certain·es professionnel·les de la santé étaient réticent·es à proposer ces tests.
Debbie encourage les femmes ayant des antécédents familiaux importants de maladies cardiaques à se faire dépister.
Transcription
I would say if for any woman, if there’s heart failure in your family, they suggested that all my family get tested. Because if it’s hereditary it will show up before you realize that you have heart failure. So, that’s one of the things that I think people should do, […]
Informez-vous sur votre état de santé
Nombre de femmes ont établi un lien entre la capacité à défendre leurs intérêts et la connaissance des moyens et des sources d’information, l’apprentissage et la maîtrise des maladies cardiaques et de l’insuffisance cardiaque. Elles ont également encouragé les autres personnes atteintes de maladies cardiaques à rechercher des informations auprès de sources fiables (et non sur Google) et à s’informer autant que possible sur leur propre état de santé. La connaissance de vos symptômes et leur surveillance régulière vous permettent de de demande de l’aide adéquate et de fournir aux prestataires de soins des informations pertinentes.
Lori sait que son signe distinctif est une veine jugulaire distendue, comme elle l’a dit : “so I know what to look for” and allows her to be “a part of her own healthcare, ways for them to see if the heart failure is getting worse and when to know to get treatment”. [« Je sais donc ce qu’il faut rechercher » et cela lui permet de « participer à ses propres soins de santé, de voir si l’insuffisance cardiaque s’aggrave et de savoir quand se faire soigner ».] Traduction de l’original anglais.
Lori souligne l’importance de surveiller les symptômes.
Transcription
Women living with heart failure, they tend to have different signs and symptoms than men. They’re not always the same; because I lived with it all my life I pretty well knew my signs and symptoms from when I was young but I talk to women with heart failure and […]
Susan2 donne des conseils sur lien entre l’éducation, la persévérance et l’autonomisation.
Transcription
You have to fight. You have to fight to be heard. There’s been a few times I’ve gone up and I’ve said to my doctors, I have this and this and this as symptoms of a medication, a side effect whatever. And sometimes, you know, it’s like you get brushed […]
Participez à la recherche et à l’éducation
De plus, plusieurs femmes ont vivement incité leurs pairs à se porter volontaires pour des projets de recherche, de défense des droits, de soutien par les pairs et/ou d’éducation. Elles ont favorisé l’engagement pour optimiser l’apprentissage individuel et contribuer à des soins et traitements de qualité pour elles-mêmes, leurs proches et toute personne susceptible d’être confrontée à l’insuffisance cardiaque à l’avenir. En contrepartie, l’amélioration de leurs connaissances, de leurs relations et de leur compréhension pourrait leur permettre de mieux défendre leurs intérêts et d’enrichir leur vision de la vie. Debbie suggère “that people volunteer for various studies, clinical studies that are going on because it helps us learn, it teaches, it’s a teaching thing. But its also one that could be a resolution down the line. It could actually help you or your children or your grandchildren down the line.” [« que les gens se portent volontaires pour diverses études, des études cliniques en cours, car cela nous aide à apprendre, cela nous enseigne, c’est une question d’enseignement. Mais cela pourrait également être une solution à long terme. Cela pourrait en effet vous aider, vous, vos enfants et vos petits-enfants à l’avenir. »] Traduction de l’original anglais.
Jennifer évoque les avantages du bénévolat.
Transcription
And one of the things I always encourage them to do is consider becoming a volunteer, consider advocating for women with heart disease. Because I personally have got so much back from participating and being engaged, that I think all of us should try at least. And you can, you […]
Prenez soin de vous
La plupart des femmes avec lesquelles nous avons discuté ont souligné l’importance de se donner la priorité et de prendre soins de sa santé. Adoptez des habitudes de vie saines, incluant l’adoption d’une alimentation équilibrée, faire de l’exercice et le respect du traitement médical prescrit. Par exemple, il est essentiel de consulter votre médecin, de se soumettre aux examens prescrits, de suivre ses conseils et de prendre vos médicaments conformément à ses instructions. Une partie substantielle de l’autonomie personnelle consiste également à prêter attention à sa santé mentale : gérer son humeur, penser positivement et garder espoir.
Susan1 parle de la nécessité de donner la priorité à ses propres besoins.
Transcription
I think women have a tendency to be caretakers you know? Being a nurse of course puts me at a higher risk for taking care of other people. So that was a huge shift for me, learning to love myself. To be good to myself, put my own needs first. […]