Jacques

Jacques
Âge
88
Prestation de soins à l'âge de:
31

Jacques (88 ans) est veuf et vit à la maison avec sa fille de 57 ans atteinte d’une déficience intellectuelle. Elle a régulièrement des crises d'épilepsie. La fille de Jacques se rend dans un centre de jour quatre jours par semaine et il s’occupe d’elle le reste du temps. Jacques est déterminé à continuer de s'occuper d'elle, tant qu'il a la capacité de le faire.

 

La fille de Jacques a participé à des programmes d'éducation spécialisée pendant la majorité de son enfance. Cependant, lorsqu’elle a atteint l'âge de 14 ans, ce fut difficile pour Jacques et son épouse de trouver des alternatives pour ses soins et son éducation à la suite à la fermeture de son école. Ils ont fait de leur mieux pour l'occuper avec des activités à la maison jusqu'à ce qu'elle atteigne l'âge de 18 ans. Pendant cette période, la femme de Jacques est tombée malade et pendant trois ans il s’est occupé de son enfant et de sa femme. Malheureusement, sa femme est décédée à la suite de sa maladie, et Jacques est demeuré seul pour s'occuper de sa fille. En général, Jacques a toujours été en mesure de trouver les services nécessaires pour sa fille.

 

La fille de Jacques participe maintenant à un programme d'activités locales quatre jours par semaine. Cela lui donne le temps nécessaire pour s’organiser à la maison afin de s'occuper convenablement de sa fille. Ses principales responsabilités consiste à aider sa fille à s'acquitter de ses tâches régulières d'entretien ménager, il prend soin d’elle quand elle a des crises d’épilepsie, et il l'amène régulièrement à ses rendez-vous médicaux. Il apprécie et valorise le système de soutien solide qu'il a développé autour de lui. De son point de vue, cela lui a permis d’en faire une expérience constructive par opposition à une expérience négative. Il connaît l'importance de prendre du temps pour lui afin d'être suffisamment en forme pour continuer à s'occuper correctement de sa fille. Ainsi, quand il a du temps libre, il aime faire de la peinture, une activité pour laquelle il démontre beaucoup de zèle et de créativité.

 

Jacques n'a jamais envisagé de placer sa fille dans une maison spécialisée ou dans une institution. En tant que père il était naturel de continuer à s'occuper d'elle suite au décès de son épouse et il continue de le faire malgré qu'il se rende compte qu'il vieillit. Peu importe, il continuera de prendre soin de sa fille. Ayant été une personne positive toute sa vie, cette situation ne le dérange pas. Il estime que prendre soin de sa fille lui a permis de ne pas vieillir trop rapidement ou de développer la maladie d'Alzheimer, car il n'a jamais le temps de penser à la vieillesse. Jacques sait qu'il ne serait pas capable de faire ce qu'il fait sans cette force intérieure. Tout au long de sa vie, il a trouvé l'inspiration et le soutien continus dans ses croyances spirituelles. Il croit que Dieu lui a été donné sa fille et que c'est un privilège de l'aider et de prendre soin d'elle.

 

Pour Jacques, la prestation de soins est une leçon d'amour; s'il n'avait eu cet amour et cette dévotion, il n'aurait jamais été en mesure de continuer à prendre soin de sa fille. Et il croit que toute personne qui ne ressent pas ce genre d'amour et de dévotion doit s'interroger sur sa volonté d’assumer un tel défi à vie.

Videoclips

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Bien ça va peut-être m’empêcher de faire de l’Alzheimer. Non, quand même pas. Non, mais seulement les aspects positifs, c’est que ça m’a… Je peux vous dire une chose, c’est que le fait d’avoir gardé ma fille aussi, ça m’a empêché de vieillir. Ça ne m’a pas forcé à vieillir, ça m’a empêché de vieillir. C’est que j’ai l’impression que c’est ça. Le fait que je m’occupe d’elle, je n’ai pas le temps de penser que je prends de l’âge, ou n’importe quoi de même, je n’ai pas le temps. Alors je pense que c’est l’aspect positif de l’aidant naturel c’est ça. Il y en a pour qui ça les rendrait peut-être malade, mais moi c’est le contraire. Ça m’a fouetté comme il fallait. Puis comme d’avoir rencontré ces gens-là, d’avoir tout raconté, d’avoir eu de l’aide et puis tout ça, ça m’a aidé beaucoup aussi. Puis je pense que … mon tempérament c’est que je ne suis pas négatif. Je suis plutôt positif alors…j’ai tout lié ensemble, c’est ça qui m’a donné comme… C’est ça qu’elle m’a donné comme moyen. Alors j’essaie le plus possible d’aimer ma fille, puis de l’aider, puis de continuer. C’est ça qui est le principal.

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Négatifs? Qu’est-ce que ça serait? Bien l’aspect négatif, c’est qu’évidemment ça nous oblige. Ça c’est évidemment quand tu as un enfant comme ça, des fois tu n’es plus libre comme tu l’aurais été autrement. Mais c’est ça que je trouve le seul point négatif. C’est ça, moi je trouve que c’est… Évidemment, ça crée des obligations, et puis si on ne sait pas comment s’arranger, bien ça va être terrible. Ça va être terrible parce que tu vas être pris jusqu’aux oreilles […] tu ne pourras pas rien faire. Mais il faut que tu saches le prendre et puis autrement c’est sûr que ça devient un aspect négatif avec trop. Tu es pris dans l’eau, tu es pris jusqu’au… Mais quand tu étais pris avec… Mais quand tu y penses comme il faut, puis que tu as l’aide qu’il faut, ce n’est pas si négatif, ce n’est pas négatif. Tu sais moi je trouve que c’est constructif.

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 […] Si on s’acharne, je veux dire, si on a la tête rivée sur l’histoire de ma fille ou n’importe quoi, je ne pourrais pas. Si je n’avais rien que ça en tête, comme on dit, mais j’ai bien des choses. Il faut toujours que je me garde des portes, des portes de sortie de temps en temps parce que c’est ça qui m’aide. Parce que même  jusqu’à il y a deux ans, elle allait camper l’été. Elle avait un camp de 15 jours l’été, puis des choses comme ça. Après ça, quand ils ont… ils ont décidé que ce n’était pas les plus jeunes, et puis tout ça […] Wow! J’ai dit : « Ça y est! On est encore pris. ». Elle allait bien dans les camps puis tout ça, mais seulement c’est parce qu’elle a quand même son tempérament. On ne peut pas l’empêcher d’avoir du caractère hein! Je me suis gardé quand même du temps pour… Il faut que je me trouve du temps pour moi, si je veux être capable de continuer. C’est ça.

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Bien des sources d’information, bien j’ai eu beaucoup […] J’ai eu de l’aide de ces choses-là, justement par le CLSC, parce que j’avais quand même quelqu’un qui venait, puis qui venait faire un tour. Même elle m'a envoyé des choses, parce que je lui ai fait faire… Je me suis aperçu une fois qu’elle était tombée puis elle ne venait plus à bout de se relever. J’ai dit : « Ah! C’est pas pratique ça. ». Ça fait que j’en ai parlé à la personne qui venait du CLSC, puis elle m’a envoyé quelqu’un qui est venu lui montrer comment se mettre à genoux pour pouvoir se lever, puis tout ça, elle n’en venait pas à bout. Ce qui fait qu’elle a appris ça. Comment embarquer dans le bain, sortir du bain et puis toutes ces choses-là. Et puis […] Ça, j’ai eu de l’aide par exemple du CLSC. Mais dès qu’on le demandait là, ils nous envoyaient quelqu’un pour ça, et ça a été très bien à ce point de vue là, heureusement, moi aussi parce que ça […] Des fois, quand on est parent, on a beau essayé de leur montrer. Des fois ça prend quelqu’un qui vient de l’extérieur pour leur faire comprendre qu’est-ce qui en est. Alors à ce point de vue, ils ne sont pas… On était très bien, ah! non, on a été très bien aidé par exemple.