Madhu

Madhu
Âge
72
Prestation de soins à l'âge de:
42

Madhu (72 ans) vit avec son époux et d'autres membres de la famille. Ils ont trois enfants adultes. Madhu prend soin de son époux depuis qu'il a eu une crise cardiaque il y a 29 ans et il a récemment subi un pontage. La mère de Madhu avait des problèmes chroniques de l'estomac pour lesquels elle a eu besoin de chirurgie à deux reprises, mais elle est décédée à la suite de complications de la deuxième intervention. Madhu a dû faire des changements importants dans son travail et son style de vie afin de s'adapter à la maladie de son époux. Elle travaillait comme gestionnaire de biens immobiliers et est maintenant à la retraite. Elle est une bénévole active dans plusieurs organisations culturelles qui aident les immigrants à s'intégrer à leur nouvelle vie au Canada.

Madhu avait 42 ans lorsque son époux a eu une crise cardiaque. À ce moment-là elle était responsable de la maison, y compris de l'éducation de leurs deux enfants adolescents. Après trois semaines, l'époux de Madhu a reçu son congé de l'hôpital et on lui a conseillé de faire des changements dans son style de vie comme de manger plus sainement et d'augmenter ses activités physiques. On a conseillé à Madhu de ne partager aucune nouvelle inquiétante avec son époux. Ce conseil a radicalement changé sa vie. Elle ne pouvait plus tout partager avec lui et, en plus, elle devait apprendre à vivre avec un niveau plus élevé d'anxiété et de responsabilités.

 

Huit ans plus tard, la mère de Madhu a subi une chirurgie pour un blocage dans l'estomac. Sa mère, qui vivait avec le couple, ne parlait pas anglais et était strictement végétarienne. À cause de la barrière linguistique, Madhu a passé beaucoup de temps à l'hôpital afin de faciliter la communication entre sa mère et les professionnels de la santé. En même temps, elle devait être à la maison avec les enfants et son époux, et préparer de la nourriture végétarienne pour sa mère à l'hôpital. C'était une période difficile et Madhu était contente de recevoir sa belle-sœur qui venait soutenir la famille et partager les tâches. Au cours des quatre années qui ont suivi la chirurgie, Madhu et sa mère ont essayé de trouver un équilibre entre les efforts de Madhu pour en prendre soin et les efforts de sa mère pour faire des choses par elle-même. Cette dernière est décédée à la suite de la deuxième chirurgie pour des problèmes médicaux similaires. Madhu regrette encore de ne pas avoir passé plus de temps avec elle durant sa maladie malgré qu'elle ait limité ses propres activités afin d'avoir plus de temps pour dispenser des soins à sa mère et à son époux.

 

Madhu est contente des soins médicaux que sa famille a reçus au Canada et se sent privilégiée d'être dans une partie du monde où elle reçoit de bons soins. Étant enfant, elle s'est enfuit du Pakistan avec sa mère au moment du morcellement et s'est réfugiée en Inde. Après avoir complété ses études, Madhu a immigré au Canada, elle s'est mariée et a maintenant trois enfants. Malgré les bons soins qu'elle a reçus, elle a eu des périodes où elle s'est sentie isolée; le soutien moral et l'appui de la collectivité qui existaient en Inde lui manquaient. Maintenant qu'elle vieillit, Madhu s'inquiète de plus en plus de la disponibilité limitée de services de santé adaptés aux personnes ayant d'autres antécédents culturels.

 

Madhu souhaite que les immigrants ayant une formation médicale aient davantage d'occasions de travailler ou d'être bénévole dans le système de santé canadien. De cette façon, les professionnels de la santé de l'Inde auraient la chance d'apprendre comment fonctionne le système de santé canadien et, en même temps, les professionnels de la santé en apprendraient davantage sur les problèmes culturels en matière de fourniture de soins médicaux aux groupes ethniques et immigrants particuliers. Madhu apprécie le système de santé canadien et fait de grands efforts pour l'améliorer en contribuant à améliorer la condition des autres personnes pour redonner à la société.

Videoclips

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Une leçon de vie? Soyez très heureux et positif. Je suis toujours heureuse. Les gens me disent : « Tu ris beaucoup » et je réponds : « Pourquoi est-ce que je devrais pleurer? » […] Je pense, être heureux rend les autres heureux. Redonner à la société, parce que quelqu'un nous aide lorsque nous avons besoin d'aide. Il y a toujours quelqu'un, n'est-ce pas? Et nous devrions aussi essayer de redonner à la société lorsque les autres ont besoin d'aide. Peu importe le peu que nous pouvons faire.

[…] et être heureux. Nous sommes très chanceux. Nous sommes privilégiés là où nous sommes. Regardez ce qui se passe dans le monde. Les gens vivent dans des camps, des camps de réfugiés et ils s'entretuent. Nous sommes dans, nous sommes très privilégiés là où nous sommes et nous devrions toujours être heureux. Essayez d'aider les autres même si c'est juste un peu; au moins offrez-le.

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Oui, bien sûr. C'est très gratifiant. Gratifiant veut dire que lorsque vous voyez les progrès que le patient fait, n'est-ce pas? Bon, c'est très gratifiant. Bien sûr c'est surtout à cause des médicaments ou du système, mais [aussi] comment la famille et le proche aidant ont aidé le patient. Vous pouvez voir les signes sur le visage du patient. Les garder heureux, si vous pouvez faire ça et, je pense, vous êtes content que peu importe ce que vous faites, vous le faites bien, n'est-ce pas? C'est gratifiant, certainement. Je veux dire, et comme résultat final, malheureusement dans le cas de certaines maladies le patient n'ira pas mieux, mais d'autres iront mieux avec le temps et ça vous rend heureux. Et c'est ce que je ressens.

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Mais tranquillement tu apprends que c'est de la peur. Lorsqu'il est revenu à la maison, les premiers soirs je ne pouvais pas dormir parce que j'avais peur que quelque chose arrive. Donc c'était une situation très inquiétante. Je ne savais quelle situation était réellement […] la plus sérieuse et parce qu'il avait de la douleur, une douleur thoracique bien qu'ils n'aient pas fait de chirurgie à ce moment-là. Il n’y avait pas eu de chirurgie.

Encore aujourd'hui, s'il va quelque part et qu'il prend l'auto pour aller faire des courses, s'il n'est pas revenu au bout de deux heures ou s'il prend plus de temps, j'ai peur. Ça me revient. J'espère que tout est correct.  Maintenant nous avons un cellulaire, je lui donne, mais si pour quelque raison il doit aller à un autre endroit, au moins qu'il m'appelle. Ces choses-là n'existaient pas dans les années 80.

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Cela faisait partie de ma culture, je veux dire que c'est notre devoir. Ma belle-sœur est venue des États-Unis pour aider lorsque ma mère était à l'hôpital. Je n'avais jamais pensé à obtenir de l'aide pour elle. Je dis que : « Nous sommes supposés de donner de l'aide. » C'était seulement ce que je savais, c'était ce que je savais à ce moment-là. Mais le soutien moral je pense, je cherchais quelqu'un qui pourrait venir et parler, ou même, que je fasse du bon ou du mauvais travail ou me dire qu'il y a autre chose à faire. Quelqu'un doit vous le dire parfois. Vous ne pouvez pas en juger vous-même. C'est du soutien moral. « D'accord ouais, c'est correct. Peut-être qu'elle voudrait cela. Vous pouvez faire ceci. » Même les petites choses font une grosse différence. Ça me manque parfois parce que dans ma culture, les voisins viennent. Il y a plus de parenté. Vous avez tellement de relations du côté de votre mère, de votre père, les cousins, leur famille. Ils vont tous venir et s'assoir avec le patient et vous donner un répit ou du soutien moral – ça manquait ici. J'aurais vraiment souhaité avoir plus de membres de ma famille ici.

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En regardant la situation, je pense encore que si l'un ou l'autre de nous en venait à avoir besoin d'aide permanente, comment allons-nous faire? Nos enfants sont loin, étant une petite place, c'est le cas de toute notre communauté, ils ne sont pas à [ville au NB]. Ils travaillent tous loin, je veux dire, ils sont hautement qualifiés. Comment vont-ils s'occuper de nous d'aussi loin? Pour nous, se rapprocher des enfants n'est pas la solution parce qu'ils sont très occupés. Ils ont leur vie, leurs enfants, et en allant là-bas nous perdons notre réseau, nos amis avec qui nous vivons depuis près de 50 ans. Ça devient très difficile  pour les nouveaux immigrants. Ce que je pense c'est que vous ne pouvez quitter la ville où vous avez vécu depuis si longtemps, vous avez besoin de votre famille et votre famille n'est pas là. Notre réseau est très restreint. Certains d'entre eux sont déjà, ils sont malades à notre âge. Certains sont déjà partis; ils ne sont plus là.

Donc je suis très inquiète de la situation des aînés dans les petits centres, dans une résidence ou une maison de retraite. Quel genre de soins allons-nous recevoir là? Par chance je parle anglais. Je n'ai pas de problème mais il y a des gens qui ne parlent pas anglais. Ou si quelqu'un devient – ah Dieu sait ce que nous aurons – si tu souffres d'Alzheimer, […] la langue seconde disparaît. La seule langue que tu peux parler est ta langue maternelle. Et ici, si cette situation arrive, qui va te comprendre, ou qui prendra soin de toi? Donc c'est une inquiétude. Mais mon inquiétude est que, je veux dire, nous devons nous occuper de ces questions. Quand nous avons des populations immigrantes et que ce sont des aînés, quand ils ne peuvent prendre soin d'eux-mêmes, est-ce que le système est prêt à nous offrir des services? Est-ce qu'ils ont des installations? Il n'y a pas que les installations médicales, il y a le soutien moral. Amis ou communauté? Est-ce que nous avons cela pour prendre soin de nous? Donc je pense que c'est mon inquiétude.

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Bien, la seule chose c'est de ne pas mettre tout le monde dans le même bateau. Chacun réagit différemment et, ce que je veux dire c’est que nous avons d'excellents médecins, nous avons d'excellents soins, mais d'un point de vue culturel, quelquefois ils ne comprennent pas. Ce que je veux dire c’est que je suis végétarienne. La dernière fois que j'ai été hospitalisée il y a quelques années, j'avais des problèmes de respiration et tout – je pense que j'avais un virus ou je ne sais pas ce que j'avais, mais j'ai été hospitalisée pendant deux semaines. Aussitôt que tu dis « végétarien », la nourriture est un gros problème. Ils vous donnent seulement une salade ou un morceau de pain et c'est tout. Le végétarisme, je pense, est une autre éducation. Maintenant nous apprenons à manger de la nourriture santé. La viande n'est pas la seule chose qui vous garde en santé. Il y a d'autres personnes qui vivent aussi, et qui sont végétariens ou avec certaines autres restrictions. Je pense que c'était... ils ne comprenaient tout simplement pas. Comme « Qu'est-ce que vous mangez? » À chaque fois que quelqu'un me posait cette question : « Qu'est-ce que vous mangez alors? Si vous ne mangez pas de viande, qu'est-ce que vous mangez? » Je réponds : « Vous étiez comme ça quand je suis arrivée dans les années 60. » Quand je suis arrivée au Canada en 62, les gens pensaient que je ne pourrais pas vivre sans manger de viande parce que c'est un pays nordique. Et j'ai dit : « Ok, quand je vais être proche de disparaître, je vais y penser, mais maintenant je n'ai pas envie de manger de la viande. » Et je suis toujours végétarienne. Je vis depuis très longtemps. Alors je pense que... je veux dire qu'ils ont réellement [un problème] à l'hôpital aussitôt que tu utilises ce mot, tu n'as que de la salade et c'est tout.

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Mes connaissances ne proviennent que de mon médecin. Mais ils m'ont expliqué comment en prendre soin. Il a dit : « La vie, bon votre style de vie sera très différent » et certains médicaments qu'il doit prendre et qu'il n'avait pas avant – aussi prendre soin de la nourriture ou du style de vie. Je pense que ces jours-là spécialement ils m'ont avisée de couper tout le gras, le sel et le sucre et toutes ces choses dans les aliments, ce qui était nouveau tout à coup parce qu'il n'avait jamais eu ce genre de problème. Mais c'était une chose sérieuse […] après une crise cardiaque. Il est resté trois semaines à l'hôpital et lorsqu'il est revenu à la maison ce fut un temps quelque peu difficile parce que je ne savais pas quoi faire, comment en prendre soin. Mais j'ai entendu dire qu'il ne devait pas recevoir de nouvelles importantes pour ne pas l'exciter ou l'inquiéter. Alors cela devient très difficile avec les enfants quand tu ne peux même pas parler. Tout ce que tu veux partager qui peut l'affecter peut détériorer son état. Je pense que maintenant les patients ayant subi une crise cardiaque sont différents, dans ce temps-là la situation était bien différente. On nous a dit de ne pas parler de ceci ou de cela. Tout à coup, tu ne prends pas seulement soin d'un patient mais aussi des enfants, toute seule. On ne lui disait même pas si les enfants avaient des problèmes à l'école. […] Tu dois éduquer des adolescents toute seule. Mais tranquillement tu apprends que c'est de la peur. Lorsqu'il est revenu à la maison, les premiers soirs je ne pouvais pas dormir parce que j'avais peur que quelque chose arrive. Donc c'était une situation très inquiétante. Je ne savais quelle situation était réellement […] la plus sérieuse et parce qu'il avait de la douleur, une douleur thoracique bien qu'ils n'aient pas fait de chirurgie à ce moment-là. Alors vous ne savez pas à quel moment, qu'est-ce qui est le plus sérieux [et] ce qui l'est moins. Donc aussitôt que la moindre petite chose se produisait, j'appelais le médecin ou [le plus souvent] je l'emmenais à l'hôpital. Mais vous apprenez que ces symptômes ne sont pas aussi sérieux. Décider lesquels [symptômes] étaient sérieux et lesquels ne l'étaient pas était une grande responsabilité pour moi.

Transcription texte

Mais de toutes manières, après quelques six semaines nous sommes revenus à la maison et je pense que lorsque je suis revenue à [ville des Maritimes], je me sentais un peu mieux parce que mon médecin était ici et, si nécessaire, je pouvais l'amener à l'hôpital. Là-bas nous étions complètement coupés de tout. Donc il récupérait tranquillement et j'ai remarqué une autre chose, ils vous donnent davantage de médicaments. Il a commencé à prendre des médicaments pour la tension artérielle – il prenait [les médicaments] mais les doses étaient quelques peu minimes. Par la suite il a commencé ceux… plus